Malédiction

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            Toujours dans le cadre de la 5ème Biennale Internationale des Arts de la Marionnette, on avait l'occasion d'assister, à la salle Jacques Brel à Pantin les 13 et 14 mai, à Malédiction, une création de la Duda Paiva Company mêlant danse, acrobaties, marionnettes et multimédia.

 

            Inspiré de l'histoire du Magicien d'Oz, Malédiction donne le rôle principal à la sorcière verte, rejetée pour sa couleur de peau, et obsédée par les souliers rouges de Dorothée. En réalité le spectacle s'inspire principalement non pas du livre de L. Frank Baum (1900) mais du film de Victor Fleming (1939) avec Judy Garland dans le rôle de Dorothée. En effet, dans le livre les souliers sont argentés et non pas rouges comme l'image qu'en a véhiculé le film. Entre autres détails, on remarquera également qu'à plusieurs reprises les artistes fredonnent « Over the Rainbow », chanson écrite pour le film. 

 

L'affiche du film de Victor Fleming 


            On retrouve donc la sorcière verte que l'on suppose être la vilaine sorcière de l'ouest qui, dans l'histoire, en veut à Dorothée d'avoir pris les souliers de la vilaine sorcière de l'est et tente désespérément de les récupérer avant de fondre dans l'eau. Sont également présents : Dorothée et son chien Toto, ainsi que Duda Paiva et Paul Selwyn Norton qui, en plus de donner vie aux différents personnages, jouent chacun un rôle à part entière. On remarquera l'absence d'autres personnages tels que le lion, l'homme de fer, l'épouvantail, ou encore le magicien. Mais on notera que certains détails ont été réintroduits et c'est maintenant la sorcière qui est à la recherche d'un cœur (au lieu de l'homme de fer initialement).

 

            Cinq pans de tissus noir pas très opaques sont répartis sur la scène et serviront à la projection d'images ainsi qu'au jeu de mise en scène notamment lors des interludes de danse. Il y a également une table d'opération à roulettes couverte d'un drap blanc. Le spectacle commence sur cette table où les deux comparses, vêtus de tabliers, vont soulever un petit carré du drap pour opérer la personne se trouvant dessous afin d'en extraire deux petits souliers.

 

 

            Dès lors ces deux « magiciens » donnent soudainement vie à la sorcière, qui se trouvait être sous le drap, et l'on est ébloui par la manière dont ils arrivent à nous donner l'illusion qu'il y a une troisième personne. Il en sera de même pour Toto, le chien de Dorothée, ainsi que pour les différentes parties du corps de la sorcière qui "s'incrusteront" tantôt aux deux hommes, tantôt au chien.

 

            Le spectacle se compose de différents "chapitres" séparés par des interludes de danse. Ceux-ci ne cassent en rien le rythme et s'intègrent très bien au reste du spectacle, permettant aux deux artistes de nous suggérer un changement de lieu. On passera donc de la table d'opération, à Dorothée (Duda Paiva en jupon), puis à la sorcière, le tout entrecoupé par les interludes de danse qui, au final, nous permettent une meilleure transition d'une scène à l'autre, d'un « décor » à l'autre. 

 

 

            Les marionnettes, réalisées en mousse, débordent d'expressions variées qui permettent aux artistes de nous transmettre les sentiments des personnages. Elles sont constituées de plusieurs parties que les artistes assemblent et désassemblent tout au long du spectacle ce qui leurs permets, entre autre, de prolonger leur corps avec, par exemple, un bras de la sorcière.

            Les souliers de Dorothée, sorte de chaussettes que Duda Paiva enfile, comportent un talon en mousse qui, selon la manière dont l'artiste posera son pied (à plat ou sur la pointe), fera apparaître ou non un talon. Duda Paiva donne une réelle impression de légèreté lorsque, marchant sur les pointes, il fait apparaître les talons.

            La mousse avec laquelle ils ont réalisé les marionnettes leur a permis d'introduire d'autres formes à l'intérieur des premières. On assistera donc à la métamorphose magique de la sorcière en une sorte de grenouille qui se déploie sous nos yeux ébahis, ou encore à un soulier qui, une fois retourné, devient le cœur de la sorcière. 

 

 

            Au niveau sonore les artistes font parler la sorcière par quelques « mots » simples en anglais, et ponctuent le spectacle de divers sons (cris, aboiements, gémissements, soupirs, ...). On assistera également à une dispute en hollandais dont le but n'est pas de comprendre ce qu'ils disent mais tout simplement de nous donner le ton. La bande son quant à elle s'accorde parfaitement avec les différentes scènes du spectacle (interludes de danse, découverte d'un détail, ...), tout en étant ponctuée par les artistes de passages d'« Over the Rainbow ».

 


            Duda Paiva et Paul Selwyn Norton nous entrainent dans un monde étrange et fascinant plein de références, aussi bien au film du Magicien d'Oz qu'à d'autres contes tels que Le petit chaperon rouge ou Le roi grenouille. Dans ce spectacle humour et dérision règnent en maitres allant de situations burlesques à des « arrêts » purs et simples.


En effet, il arrive par exemple que Paul Selwyn Norton, en jouant une situation, la pousse à tel point qu'elle en devient ridicule (mais pas pour autant moins drôle). Duda Paiva va alors brusquement s'arrêter et fixer son partenaire d'un air qui sous-entend l'étonnement (Mais qu'est-ce qu'il fabrique ?), ce qui ne manquera pas d'interpeler Paul Selwyn Norton qui s'arrêtera d'un seul coup, se relevant précipitamment l'air gêné, et fera comme s'il ne s'était rien passé en partant sous le regard sévère de son partenaire.
On assiste donc ici à un double « jeux d'acteurs », un jeu à l'intérieur du jeu, qui ne fait qu'accentuer le côté parodique de ce conte drôle et poétique pour adultes.

 

Hazal KUYAS

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