La flûte enchantée : un examen

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            La 5ème Biennale Internationale des Arts de la Marionnette, qui a eu lieu du 24 avril au 24 mai à Paris et Pantin entre autres lieux, était l'occasion de découvrir des spectacles mêlant les arts de la marionnette à d'autres techniques. Les 7 et 8 mai avaient lieu les représentations de La flûte enchantée : un examen au théâtre de la cité internationale à Paris.

 

            Née de la collaboration des deux marionnettistes (Tristan Vogt et Joachim Torbahn) de la compagnie Thalias Kompagnons, des 8 musiciens de l'Ensemble Kontraste, et du contre-ténor Daniel Gloger, La flûte enchantée : un examen mêle théâtre d'acteurs, marionnettes et musique. 

 

 

            Les musiciens de l'Ensemble Kontraste sont répartis de chaque côté de la scène, le piano et les "cordes" à gauche, les "vents" à droite. Au centre se trouvent les marionnettistes et leur « table de montage », avec à leur droite le contre-ténor Daniel Gloger, et au-dessus d'eux un grand écran sur lequel sera projeté l'image des marionnettes ainsi que les sous-titres, le spectacle étant en allemand.

 

            Face au mélange de plusieurs artistes venant d'univers différents on aurait pu avoir quelques appréhensions quant au rendu global mais une fois le spectacle commencé on se rend vite compte que cette idée est loin de pouvoir nous effleurer l'esprit. Les différents protagonistes s'entendent et se complètent à merveille, et de leur synchronisation parfaite s'évade une sorte d'alchimie que l'on ne pourrait décrire mais que l'on sait être une des pièces clé de la réussite du spectacle.  

 

 

            Les Thalias Kompagnons nous livrent ici une performance hors du commun car ils gèrent à la fois les marionnettes, leurs voix lorsqu'elles ne chantent pas, leurs décors, ainsi que la caméra qui transmet l'image sur l'écran. Plus qu'une performance physique on est en admiration devant la rigueur et la concentration que cela exige.

Les marionnettes en papier mâché sont manipulées à l'horizontal devant des décors créés de toute pièce (carton, papier, ...) qu'ils "accrochent" à leur « table de montage ». Cette « table de montage » (un castelet à l'horizontal) leur permet de jongler entre les différents décors et d'ajouter, au besoin, des filtres ou autres éléments venant s'ajouter au décor.

Une caméra fixée en haut du castelet leur offre une vue du dessus avec laquelle ils jouent avec les différents plans, en éloignant plus ou moins les décors et les marionnettes, affichant ainsi une maîtrise parfaite de l'espace. Ils disposent aussi d'une caméra "à main" qu'ils utilisent à certains moments soit pour changer l'angle de vue, soit pour suivre l'action lorsqu'elle se déroule sur le devant de la scène. Ils utilisent également divers effets visuels tels que des fondus ou des figés notamment lors des changements de décors. 

 

 

Daniel Gloger nous livre lui aussi une performance remarquable en nous interprétant les passages chantés de tous les personnages, passant en un clin d'œil du soprano à la basse, de Pamina au Magicien, de Papageno à la Reine de la nuit, le tout avec brio et beaucoup d'humour que l'on retrouve dans ses nombreuses mimiques.

            Il n'y a rien à redire quant à la prestation de l'Ensemble Kontraste qui, lorsqu'il ne joue pas, effectue également quelques chœurs.  

 

 

            On se retrouve donc ici face à une œuvre grandiose qui, faite à partir de presque rien (du carton, une petite caméra, quelques instruments de musique), nous projette devant un spectacle drôle et attachant face auquel on ne sait plus où donner de la tête. C'est peut-être le seul point que l'on pourrait éventuellement voir comme négatif car la scène nous offre une multitude de choses à voir. Il y a bien évidemment l'écran sur lequel se trouve à la fois l'image des marionnettes et les sous-titres, mais l'on a également envie de voir les musiciens jouer, le contre-ténor et ses nombreuses mimiques, sans oublier les marionnettistes qui pourraient s'apparenter aux « coulisses » du spectacle. Et comme on n'a que deux yeux il y aura forcément des moments où, en choisissant de regarder un détail, on aura l'impression d'en rater un autre.

            Malgré cela cet « opéra-marionnettes », sublime et pertinent, nous transporte dans son univers déjanté dont on ressort émerveillé. Au final, cette flûte enchantée nous enchante !

Hazal KUYAS

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