Robert Frank, un regard étranger

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            Du 20 janvier au 22 mars le musée du jeu de paume rendait hommage à Robert Frank, grande figure de la photographie du vingtième siècle. L'exposition se divisait en deux parties, Les américains et Paris, et comportait également le premier (Pull My Daisy, 1959) et le dernier (True Story, 2004) film de Robert Frank.

 

 

            La première partie de l'exposition présentait les photographies du livre Les Américains (1958) dont on vient de fêter le cinquantième anniversaire. C'est suite à l'obtention d'une bourse de la fondation Guggenheim en 1955 que Robert Frank entreprend un voyage de deux ans à travers les Etats-Unis qui donnera lieu à cette série qui l'a fait connaître.

            On se retrouve donc dans les années 50 avec des photographies dénonçant la face "cachée" d'une Amérique remplie d'inégalités de solitude et de détresse. Le livre avait d'ailleurs fait polémique à sa sortie avec d'un côté de vives critiques et de l'autre un grand enthousiasme. Les photographies sont installées selon l'ordre voulu par Robert Frank et accompagnées de commentaires issus de la préface de Jacques Kerouac. L'installation est très sobre et les tirages (réalisés en 1983) sont présentés dans des cadres en bois accompagnés de passe-partout laissant apparaître une marge blanche sur laquelle se trouve la signature du photographe.

 

 

            La deuxième partie est consacrée au Paris d'après-guerre. Prises entre 1949 et 1952 certaines d'entres elles sont présentées pour la première fois. Même si l'on pouvait s'amuser à remarquer quelques détails renforçant l'impression de distance dans le temps dans la série "Les Américains", la distance est ici fortement accentuée.

            En effet on se retrouve projeté dans une sorte de voyage dans le temps plus d'un demi-siècle en arrière tout en restant dans la même ville. On a bien évidemment tous vu des photos, des documentaires ou des films reconstituant l'ambiance de l'époque, mais le fait de se retrouver dans une salle entièrement consacrée à cette ville que l'on connaît si bien, de nos jours, à l'intérieur même de celle-ci s'avère être d'autant plus ... peut-être pas déroutant puisque chaque ville évolue avec le temps, mais disons que cela a un côté fascinant. La visite se transforme alors en une sorte de jeu consistant à deviner où a été prise telle ou telle photographie, et à voir un Paris rempli de terrains vagues, de foires, ...

 

 

             En ce qui concerne l'installation elle est à nouveau très sobre mais est, cette fois-ci, composée de tirages plus anciens dont certains sont d'époque (1960 ou entre 1949 et 1952 pour ceux d'époque). Ici encore des passe-partout non plus pour dévoiler une signature mais pour recadrer les photographies. En effet la majeure partie de cette série est recadrée à l'aide des passe-partout par-dessus les tirages d'origine, ce qui donne lieu à peu de photos centrées ainsi que des formats qui ne sont pas toujours homothétiques. Les tirages d'époque sont souvent identifiables de ceux datant de 1960 de par leur vécu (changement des couleurs dû à la lumière, jaunissement du papier, rayures, pliures, ...).


On peut apercevoir des marques de pliures au premier tiers ainsi qu'au milieu de l'image
 

             En fin de compte le musée du jeu de Paume nous présentait une belle exposition nous permettant de voir certaines photos inédites. Mais les recadrages parfois excessifs de la série Paris nous amènent à nous poser une question : dans quelle mesure un artiste peut-il recadrer son œuvre sans dénaturer l'œuvre en elle-même ?

Hazal KUYAS

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